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Newsletter n°10

DOSSIERS

Fracturation hydraulique et Gaz de schistes

Source : AFP

Le Conseil constitutionnel devait se prononcer début octobre sur la question de l’exploitation des gaz de schistes en France. Le 11 octobre, une fin de non recevoir était adressée aux industriels par le Conseil constitutionnel, confirmant l’interdiction de la fracturation hydraulique en vigueur depuis 2011. Toutefois, si la loi prévoit l’interdiction du gaz de schiste par fracturation hydraulique, elle n’interdit ni l’exploration, ni l’expérimentation.

Manifestations

A l’occasion de la journée internationale contre le « fracking » le 19/10/13, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes en France contre l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Bien sûr, la décision récente du Conseil Constitutionnel a été bien accueillie, mais il ne faut pas baisser la garde. De fait, l’article 2 de la Loi Jacob de juillet 2011 n’est pas remis en cause et les forages pour l’expérimentation et l’exploration sont toujours autorisés ; quant aux permis de forage, ils n’ont pas été retirés.

Comment ça marche ?

Cette technique relativement ancienne (1947), inventée pour les gisements d’hydrocarbures conventionnels, a vu son intérêt renouvelé par son association au forage horizontal (développé, lui, à partir de 1980).
La « fracturation hydraulique » est un procédé d’extraction d’hydrocarbures, en créant des fissures dans la roche pour laisser gaz et pétrole remonter dans les puits de forage.
Un puits est foré à une profondeur de 1000 à 4000 mètres (eh oui !), qui est consolidé par un coffrage en béton. Le puits peut être vertical, incliné ou horizontal. Il arrive aussi que la fracturation soit pratiquée à proximité de la surface.
Une charge explosive est alors placée afin de fracturer le schiste, où se trouve le gaz.
Un liquide de fracturation, mélange d’eau, de sable et de solvants chimiques, est alors envoyé sous très haute pression (600 bars) dans le puits afin de fissurer et micro-fissurer la roche. Le sable maintient les fissures ouvertes. Le gaz est chassé vers la surface.
Que devient le liquide de fracturation ? 50 à 70% restent dans la couche de schiste, le reste remonte par le puits. Bien sûr, il arrive que le coffrage en béton se fissure sous la pression et que le gaz ET le liquide s’échappent du puits à travers les roches poreuses, éventuellement jusqu’aux nappes phréatiques...

source internet

En surface, c’est au tour des camions d’évacuer le liquide de fracturation. Ces camions, jusqu’à 200 dans le Bassin de Marcellus aux Etats-Unis, évacuent le liquide récupéré vers des usines de retraitement, ainsi que le gaz. Une lourde infrastructure est nécessaire car il s’agit de stocker le gaz (stockage et acheminement du gaz par un pipe-line), le sable et l’eau, mais également de mettre en place un système de « dépollution » des matériaux utilisés.
Une animation bien faite : http://app.owni.fr/gaz/

La destruction de l’environnement

Mais le gaz et le liquide de fracturation qui n’ont pas été canalisés doivent trouver une échappatoire : le gaz remonte dans les conduites d’eau courante, l’eau courante se charge de substances (parfois radioactives) issues du liquide de fracturation, le gaz s’échappe du lit des rivières, la qualité de l’air se dégrade... Autant de risques pour la santé des personnes et de la nature, l’une étant indissociable de l’autre.
Et il ne faut pas se leurrer : c’est bien de notre consommation énergétique dont il s’agit, et plus précisément l’énergie carbonée responsable du réchauffement climatique. En forant ces puits, nous détruisons notre environnement et ne faisons que reporter l’échéance inévitable de la fin des ressources en énergie fossile et de notre remise en question.

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A ce sujet, nous vous recommandons un film d’animation d’une trentaine de minutes qui expose clairement la question de notre mode d’exploitation des énergies fossiles et des ressources naturelles, ses conséquences au niveau planétaire et l’impasse où nous mène notre modèle de croissance.
VF : « Sans lendemain » de Dermot O’Connor

Des estimations fluctuantes

Quelles sont les réserves estimées en gaz de schiste et à quoi cela correspond-il ? Les seuls chiffres disponibles au niveau mondial sont ceux de l’US EIA (US Energy Information Administration), et ces derniers sont basés sur une compilation d’études qui suscitent la polémique.
Le 10 juin 2013, l’agence a livré sa dernière étude. Elle passe en revue 137 gisements dans 41 pays : au total, elle évalue à 345 milliards de barils la quantité de pétrole de schiste techniquement extractible, soit dix fois plus que son estimation de 2011. Est-ce pour justifier les forages massifs entrepris aux USA, aux dépens des populations ? Les réserves de gaz de schiste sont, elles, réévaluées de 10 % pour atteindre 207 000 milliards de m3. Tout est à craindre quand on lit que la Chine serait le pays le plus riche au monde en gaz de schiste (31 500 milliards de m3) et le 3e pour le pétrole de schiste (32 milliards de barils). Les Etats-Unis, eux, se placeraient au 4e rang pour le gaz et au 2e pour le pétrole. L’Argentine, la Russie, l’Algérie, le Canada et le Mexique figurent également en tête de liste.

Source : U.S. basins from U.S. Energy Information Administration and United States Geological Survey ; other basins from Advanced Resources International (ARI) based on data from various published studies.

Taux de productivité et de récupération ... pas si bons

Au final, seuls l’exploration et des tests de production permettent de déterminer à la fois la productivité de chaque puits – sa quantité en hydrocarbures – et le taux de récupération, qui mesure la partie du gisement techniquement extractible. En moyenne, l’EIA estime ce dernier entre 20 et 30 %, en se basant sur les caractéristiques des roches américaines. Mais pour l’IFPEN, il pourrait être inférieur à 10 % dans le Bassin parisien, ou même nul par endroits.

Exemple : la Pologne, à laquelle l’EIA avait fait miroiter de premières estimations mirobolantes (en 2011, il s’agissait de gisements de 5 300 milliards de m3), a déchanté après une trentaine de forages exploratoires effectués sur trois sites. Les réserves ont été revues à la baisse en mars 2012, divisées par dix par l’Institut national de géologie, et le géant Exxon Mobil s’est retiré du pays.

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Même aux Etats-Unis, actuellement le seul pays qui exploite à large échelle les gaz et huiles de schiste, la productivité des puits et le taux de récupération font encore débat. Avec d’autres facteurs qui interviennent, tels que le coût de l’extraction et l’opposition d’une partie de l’opinion, rien ne garantit que les USA tireront toujours autant profit de leur sous-sol.
Et puis, si l’on préfère quand même croire en l’avenir des gaz de schiste, étant donné notre consommation énergétique galopante, ces réserves ne permettront d’assurer nos besoin énergétiques que quelques années au prix de la destruction à très long terme de notre environnement.

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