TENDUA - Association pour la sauvegarde de la biodiversité

Les requins : mal-aimés car mal connus ?

400 millions d’années, un respect mérité

Le mégalodon (Carcharodon megalodon)
Le mégalodon (Carcharodon megalodon)
Carcharodon signifiant « dents aiguisées » et megalodon « aux grandes dents » - était un requin qui peuplait les océans il y a 16 Ma et s’est éteint il y aurait 1,6 Ma. Il est considéré à ce jour comme étant le plus redoutable poisson super-prédateur de tous les temps et l’un des plus grands carnassiers ayant vécu - DR

-* -430/-400 Ma, les requins épineux ou les « acanthodiens » avec un squelette cartilagineux et des écailles osseuses jointives

  • -400/-350 Ma, 3 classes de poissons apparaissent :
    • Les cuirassés qui s’éteindront au carbonifère,
    • Les cartilagineux dont sont issus les requins actuels,
    • Les osseux dont sont issus la plupart des poissons modernes (une branche engendra les amphibiens desquels dériveront reptiles, mammifères et oiseaux).
  • -350 Ma, les cartilagineux se scindent en 2 sous-branches :
    • Les élasmobranches qui désignent les requins proprement dit, dont les sélaciens qui engendreront un nouveau groupe : celui des raies,
    • Les holocéphales ou chimères qui s’adaptent aux abysses (quelques rares espèces subsistent tels que les poissons éléphants).
      Les 8 ordres de requins
      Les 8 ordres de requins
      © Source internet
  • -50 Ma, 1er requin-tigre moderne (genre Galeocerdo).
    • Le plus terrible : le Carcharocles megalodon, 15 m de long, des dents de 15cm de hauteur, aussi massif que le requin-baleine mais carnivore.
    • Le requin-mako géant (Isurus hastalis) qui est l’ancêtre du grand requin blanc.
    • Beaucoup d’espèces de requins ont adopté leur forme moderne il y a 100 Ma et n’ont guère évolué depuis ce qui serait le signe d’une adaptation parfaite à leur milieu.

Nota : pour mémoire, la disparition des dinosaures date de - 65 M d’années (Ma)


Morphologie du requin
Morphologie du requin
© TENDUA

Classification des requins

Les quelque 530 espèces de requins connues à ce jour sont classées dans les 8 ordres ci-dessous en fonction de certains paramètres physiologiques notamment.


Éléments d’anatomie

Gueule de requin taureau (Carcharias taurus)
Gueule de requin taureau (Carcharias taurus)
© Y. Lefèvre

Gueule de requin taureau
Gueule de requin taureau
Dents et ampoules de Lorenzini (Carcharias taurus) - © Y. Lefèvre

Membrane nictitante de requin tigre, Galeocerdo cuvier
Membrane nictitante de requin tigre, Galeocerdo cuvier
© M. Dupuis

Narines de requin tigre, Galeocerdo cuvier
Narines de requin tigre, Galeocerdo cuvier
© M. Dupuis

Fentes branchiales
Fentes branchiales
© ©Y. Lefèvre

La silhouette

Le squale typique a un corps cylindro-conique – en forme de torpille – avec une face ventrale quasiment plate. Son museau est arrondi et sa bouche ventrale est armée de plusieurs rangées de dents. Cela étant, il existe environ 500 espèces de requins, de tailles et aspects très différents.

La tête, la mâchoire et les dents

Le squelette de la tête est constitué de 2 parties

  • Le neurocrâne : boîte de cartilage qui protège l’encéphale, incluant le siège de l’olfaction qui est très développé, le siège du goût, de l’équilibre et du système endocrinien (hypophyse), le siège de la vision, de la mémoire et de la coordination motrice ;
  • Le splanchocrâne : il concerne la mâchoire et les fentes branchiales.

La mâchoire de la majorité des requins modernes est hyostylique c’est-à-dire indépendante du crâne, ce qui permet une spectaculaire extension des maxillaires et permet donc d’attaquer de grosses proies avec une préhension (pression de la mâchoire) d’une grande puissance. A titre d’exemple, un requin de 3 m de long possède une puissance de pression de 3t /cm2.

Les dents croissent à l’intérieur dans la gencive, en rangées successives et deviennent fonctionnelles lorsqu’elles coïncident avec l’arête de la bouche. Puis elles s’usent et elles tombent. Chez certains requins, le temps d’usage d’une dent est de 8 à 15 jours.
Leur forme varie selon le type de prédation. Le requin taureau possède des dents effilées adaptées à la capture de poissons glissants ; le requin de Port Jackson a des dents quasiment plates pour broyer les coquillages.

Les yeux

En position latéro-dorsale, les yeux ont deux paupières, souvent une membrane nictitante latérale ou « 3e paupière ». Les Carcharinidés et les marteaux ont une 3e paupière ou paupière nictitante

Les narines

Au bout du museau deux narines symétriques mais indépendantes qui ne jouent aucun rôle dans la respiration. Ces narines constituent des organes d’olfaction.

Le corps

La peau, souvent rugueuse et abrasive, est formée de denticules cutanées très dures Il semblerait que ces denticules soient alignées en plusieurs rangées canalisant l’eau et produisant un écoulement laminaire réduisant les phénomènes de résistance.
Cette structure de la peau permettrait au requin d’être quasiment silencieux dans l’eau, un avantage certain pour un prédateur.

Les fentes branchiales

De chaque côté et en arrière de la tête, palpitent des fentes branchiales au nombre de 5 paires chez la plupart des squales, mais 6 ou 7 chez les hexanchiformes.
Les branchies sont des organes très fragiles sans membrane protectrice ; elles sont mobiles et peuvent être contractées ou dilatées. Elles peuvent être endommagées par la pollution ou obstruées par des parasites (présence fréquente de déparasiteurs).

Queues de requins
Queues de requins
© Source internet

Requin gris de récif – Carcharhinus amblyrhyncos
Requin gris de récif – Carcharhinus amblyrhyncos
Deux nageoires dorsales, de formes et de dimensions variables selon les espèces sortent du dos :
  • La nageoire dorsale antérieure peut être élevée en aileron ou, au contraire, surbaissée.
  • La nageoire dorsale postérieure est plus petite et adipeuse. Là encore, les hexanchiformes se distinguent par leur unique nageoire dorsale.
- © M. Dupuis

Requin gris de récif vu de dessous
Requin gris de récif vu de dessous
Deux paires de nageoires symétriques sur le ventre correspondent aux membres des tétrapodes : les pectorales, souvent, agrandies en ailes, figurent les bras ; les pelviennes ou abdominales figurent les jambes - © M. Dupuis

Queue de requin tigre
Queue de requin tigre
Galeocerdo cuvier - © M. Dupuis

Nageoire caudale de grand requin blanc
Nageoire caudale de grand requin blanc
Carcharodon carcharias - © P. Kobeh

Queue de requin nourrice
Queue de requin nourrice
Nebrius ferrigineus - © Y. Lefèvre

Requin renard en Egypte
Requin renard en Egypte
Alopias sp. - © Y. Lefèvre

Les nageoires

Les requins utilisent leurs nageoires pour se stabiliser, se diriger, se soulever et se propulser. Chacune des nageoires remplit une fonction différente.
Il y en a une ou deux le long de la ligne médiane dorsale appelées première et deuxième nageoires dorsales. Ces nageoires jouent un rôle de stabilisateurs. Ces deux nageoires peuvent avoir ou pas des épines à leur base. Quand il y en a, elles ont un rôle défensif et peuvent aussi être associées à des glandes sous la peau qui produisent une substance irritante.
Les nageoires pectorales prennent leur origine derrière la tête et s’étirent vers l’extérieur. Elles permettent au requin de se diriger pendant ses déplacements en avançant ou en se soulevant.
Les nageoires pelviennes se trouvent près du cloaque et ont également un rôle de stabilisateur. Chez les mâles, elles ont une fonction secondaire car augmentées d’un organe copulatoire appelé aussi clasper.
La nageoire annale peut être absente, mais quand il y en a une, elle se trouve entre les nageoires pelviennes et la caudale.
Enfin, la queue ou nageoire caudale est constituée de deux lobes qui peuvent avoir la même taille (homocerque) ou de taille différente (hétérocerque) et dont la forme varie selon les espèces.

Deux nageoires dorsales, de formes et de dimensions variables selon les espèces sortent du dos :

  • La nageoire dorsale antérieure peut être élevée en aileron ou, au contraire, surbaissée.
  • La nageoire dorsale postérieure est plus petite et adipeuse. Là encore, les hexanchiformes se distinguent par leur unique nageoire dorsale.

La nageoire сaudale du requin tigre et du requin pointes noires

La queue comprend 2 lobes inégaux, parfois presque symétriques (i.e. requin blanc) et détermine le type de propulsion de l’animal.
Queue hétérocerque : le lobe supérieur est plus long et plus lourd que le lobe inférieur (requin pointe noire, requin-tigre).
Cette espèce se meut en balançant le corps d’un côté à l’autre, le lobe supérieur délivrant le maximum de la puissance nécessaire pour nager lentement ou accélérer brutalement.
La diversité des proies de ces requins les oblige à pouvoir courber et virer rapidement.

La nageoire caudale du requin mako, requin-taupe commun et grand blanc

La queue du grand requin blanc est différente : elle assure la propulsion d’un corps plus lourdement bâti.
Ce requin, qui se rapproche du requin-taupe commun et du requin mako, se propulse plus par le mouvement de sa queue que par le balancement du corps.
L’important lobe inférieur autorise de grandes vitesses et des carènes latérales, à la base de la queue, réduisent la traînée hydrodynamique.

La nageoire caudale du requin-nourrice

Le requin nourrice passe la plupart de son temps sur le fond, (grottes, crevasses). Il ne se déplace donc pas sur de larges distances. Les invertébrés constituant l’essentiel de son régime alimentaire, il n’a pas besoin d’une queue assurant une grande vitesse, mais il a besoin d’une grande souplesse.
Le lobe inférieur de sa queue est presque confondu avec le lobe supérieur ; ainsi, sa queue effectue de larges mouvements de godille, il nage un peu à la manière de l’anguille.

La nageoire caudale du requin renard

Les 3 espèces de requin renard qui peuplent les océans tropicaux et tempérés sont de puissants nageurs.

Chasseurs actifs de poissons et de calmars, ils utilisent à cette fin une technique originale : ils rassemblent leurs proies avant de les assommer grâce à leur lobe caudal très allongé.

L’extension de la queue, presque aussi grande que le reste du corps, ne nuit pas à la vitesse et à l’efficacité de ces chasseurs.


Éléments de physiologie

Requin nourrice fauve de face
Requin nourrice fauve de face
Nebrius ferrugineus - © Y. Lefèvre

La respiration

Le mode de respiration est fonction du mode de vie de l’espèce :
La respiration branchiale convient aux espèces benthiques et sédentaires qui peuvent passer leur journée sur le fond et vivent souvent près des côtes. Ils aspirent l’eau et la font ressortir par leurs branchies sans pour autant avoir besoin de nager ou d’être face au courant. Ils dilatent leur pharynx et ouvrent leur bouche. C’est le principe du pompage de l’eau par contractions musculaires.

En revanche, pour se mouvoir, les espèces pélagiques – de haute mer - nagent en permanence, s’ils s’arrêtent, c’est l’asphyxie. Ils ont besoin d’un grand apport en oxygène. L’eau rentre par la bouche et ressort filtrée par les branchies. C’est le principe du « stato-réacteur » : les requins (Carcharhinadés et Lamnidés) utilisent le courant de face pour envoyer vers l’arrière l’eau qui sera filtrée par les lames branchiales, s’ouvrant sur 5 à 7 fentes, afin d’en extraire l’oxygène.

Certains requins (requin taureau) peuvent alterner leur respiration soit en nageant, soit aspirant l’eau selon la situation. D’autres rentabilisent leurs efforts en mangeant et en respirant en même temps (requin baleine). Certains requins dormeurs font pénétrer l’eau par leurs branchies antérieures et ressortir par leurs branchies postérieures, assurant une dissociation des fonctions alimentaire et respiratoire.
L’efficacité de la respiration dépend aussi de la quantité d’hémoglobine dans le sang. Ce taux varie selon les espèces de 3 à 14g pour 100ml de sang.

Organe de reproduction mâle
Organe de reproduction mâle
© Source internet

Les organes de reproduction

Chez les mâles, chaque nageoire pelvienne est augmentée, sur son bord interne, d’une tige rigide, cannelée, qu’on appelle ptérygopode et qui constitue son organe copulateur. Munis de 2 ptérygopodes, les requins ne peuvent en utiliser qu’un seul à la fois. Une glande siphonale achemine le sperme du cloaque au ptérygopode qui n’est pas relié directement aux testicules.

Foie de requin
Foie de requin
© Source internet

La flottabilité

Pour diminuer leur densité corporelle et faciliter la nage active, les élasmobranches ont développé, faute de vessie natatoire, un organe permettant une flottabilité neutre : le foie.
Chez certaines espèces, la glande hépatique peut atteindre 25% du poids total du corps (requin peau bleue).

Le foie est également une énorme réserve d’énergie. L’hydrocarbure majoritaire dans cette huile est appelé squalène.
L’huile du foie des raies et des requins est riche en vitamine A.
Le squalène issu de l’huile de foie de requin est utilisé notamment dans les compléments alimentaires afin, soi-disant, de fortifier les défenses immunitaires. Ces compléments sont vendus dans certains magasins dits « bio » et sur internet. Il est également utilisé en cosmétologie dans les crèmes hydratantes comme agent pénétrant rapidement la peau. Le squalène est aussi un adjuvant : une des substances, administrées conjointement avec un vaccin, qui stimulent le système immunitaire et augmentent la réponse au vaccin.

http://www.protection-requins.org/a...

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